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L'arme du soldat libéré

Félicien MonnierEditorial
La Nation n° 2307 12 juin 2026

L’arme à la maison fait partie des cibles habituelles de la gauche antimilitariste. Le Conseil national est pour ces prochaines semaines saisi d’une motion de la socialiste zuricoise Priska Seiler Graf qui demande le retrait automatique de l’arme cédée à un militaire à l’issue de son service, lorsqu’il n’en a eu aucun usage sportif durant les dix dernières années1. Le Conseil fédéral propose d’accepter la motion.

Mme Seiler Graf dénonce l’utilisation des armes militaires dans des drames domestiques. Sa motion contient plusieurs insinuations statistiques, mais ne donne pas la proportion réelle des cas d’utilisation d’anciennes armes d’ordonnances dans ces tristes affaires.

La motion souligne que les motifs ayant justifié de laisser son arme au militaire peuvent disparaître avec le temps. Cela imposerait de les réexaminer après dix ans. Aujourd’hui en effet, un militaire pourra conserver son fusil d’assaut après son service, à la double condition d’obtenir de la police un permis d’acquisition d’arme et de démontrer sa participation dans les trois dernières années à quatre exercices de tir fédéraux – le principal étant le tir en campagne. La cession du pistolet n’exige que l’obtention d’un permis.

Cette focalisation sur les seuls exercices de tir à trois-cents mètres surprend alors que le nombre de centres de tir dit «dynamique» ou «tactique» explose. Elle met en lumière l’influence de la Fédération suisse de tir sur notre armée, alors que l’inverse devrait prévaloir.

Cette obligation d’obtenir un permis remonte à une révision de 2006 de l’ordonnance sur l’équipement des militaires, adoptée par un Conseil fédéral soucieux de durcir les conditions d’acquisition de l’arme. Menée par ordonnance, la réforme, avant d’être mal vécue2, passa presque inaperçue et sans contestation.

Depuis qu’un permis est exigé – comme pour n’importe quelle acquisition d’une arme du même type – la tradition de la conservation de son fusil par le soldat suisse libéré a en réalité disparu. Seule en reste la quasi-gratuité de l’opération.

La contrainte d’effectuer des exercices de tir dans les trois dernières années exige en outre une certaine discipline, et un effort d’organisation: le tir en campagne n’a lieu qu’un week-end par année.

L’armée n’est donc pas ce pourvoyeur universel d’armes à feu aux citoyens suisses mâles que Mme Seiler Graf dépeint avec horreur. Quant à la tranche d’âge décriée par la motion, elle a largement échappé à la réforme de 2006. Evitons de sanctionner les militaires d’aujourd’hui, pour les crimes de quelques rares anciens.

Une fois de plus, l’approche par la gauche de cette thématique est marquée de l’idée qu’une arme serait un objet maléfique, fourni par une institution qu’elle espère toujours abolir. Dans cette voie, elle s’acharne à couper encore plus le lien de confiance entre l’armée et ses soldats.

Pour autant, la conservation de son arme à domicile par le soldat suisse, durant et après son service, n’a pas perdu de son utilité. La guerre en Ukraine a remis au goût du jour les forces territoriales. La défense de Kiev dans les premiers jours du conflit fut notamment le fait de telles formations, plus anciennes en âge et en équipement. Avec la création de forces légères, une réorganisation de notre infanterie va actuellement dans ce sens. Dans une situation sécuritaire et institutionnelle dégradée, il est bon de pouvoir compter sur d’anciens soldats encore équipés, au minimum, d’une arme à feu.

Le Conseil national pourrait saisir l’occasion d’intégrer la conservation de l’arme à domicile dans un véritable concept opératif, tout en évitant qu’elle ne fasse les frais de l’inertie antimilitariste du parti socialiste.

Notes:

1   Seiler Graf, motion n° 25.3897 CN, https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20253897.

2   Charles-Louis Notter, «Le retrait du fusil pour les officiers des armes combattantes – chronique d’un déshonneur méconnu», in Revue militaire suisse N° 2 (mars-avril) 2016.

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