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Deux siècles de citoyen-officier

Quentin Monnerat
La Nation n° 2296 9 janvier 2026

A l’occasion de son bicentenaire, la Société Vaudoise des Officiers a souhaité se tourner vers son histoire et vers celle de l’officier vaudois. Monsieur Pierre Streit, historien et officier de milice signe à cette occasion Citoyen et officier – L’officier vaudois (1825–2025)1, avec les contributions de Christian Bühlmann, Félicien Monnier et Claude Meier. L’ouvrage adopte comme fil rouge la figure du citoyen-soldat, du citoyen-officier, au cœur de notre culture militaire.

Durant les premières décennies du XIXe siècle, l’officier vaudois se forme encore dans un contexte marqué par les services étrangers. Des figures comme le général Guiguer de Prangins, engagé sous Napoléon, illustrent cette génération d’officiers qui puisent leur expérience et leurs faits d’armes hors de nos frontières. Cette même période est marquée par les défis liés à la modernisation et à l’uniformisation progressive des milices cantonales. Le progrès technique et scientifique cherche son application dans toutes les composantes de la société. C’est dans ce mouvement que s’inscrit la fondation de la première société d’officiers vaudoise, dont le but est de perfectionner les officiers et d’élever leur niveau technique, d’abord ceux des armes dites «savantes»: l’artillerie, le génie et l’état-major.

Le XX? siècle confronte l’officier de milice aux défis qu’on connaît. La grève générale de 1918 rappelle brutalement que l’armée peut être appelée à intervenir sur le territoire national, avec l’usage des armes. Mais les deux guerres mondiales sont aussi l’occasion de voir apparaître des figures comme celle du colonel Deccopet, du brigadier Masson, père du renseignement suisse, ou du général Henri Guisan, qui rappellent les rôles de premier ordre tenus par les officiers vaudois les plus importants.

La fin de la guerre froide voit naître l’illusion d’une «fin de l’histoire». La remise en question de l’obligation de servir, culminant avec l’initiative du GSsA en 2013, réactive la tension fondamentale entre liberté individuelle et devoir du citoyen-soldat. La SVO part en campagne pour défendre le modèle de l’armée de milice. A ses côtés s’engage la Ligue vaudoise, qui défend le principe selon lequel la liberté de la personne est limitée par l’intérêt de la communauté, justifiant l’engagement pour la cause supérieure qu’est la défense de la Confédération.

En cette année de bicentenaire, alors que le contexte géopolitique se tend à nouveau, Citoyen et Officier rappelle que l’essence de l’officier vaudois est celle d’un citoyen au service de la collectivité, service qui peut aller jusqu’au sacrifice suprême.

Notes:

1   Streit Pierre (dir.), Citoyen et officier. L’officier vaudois (1825–2025), Infolio, Gollion, 2025

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