Osera-t-on enfin contredire le complotisme?
Depuis la mi-novembre, la vitesse sur le contournement autoroutier nord de Lausanne a été abaissée de 120 à 100 km/h. Selon la presse locale, cette limitation de vitesse est motivée par d’importants travaux qui devraient durer trois ans; l’article renvoie à un communiqué de l’Office fédéral des routes qui semble désormais introuvable.
Depuis bientôt deux mois que les panneaux «100» ont été posés, on n’a toujours pas vu l’ombre d’un chantier sur ce tronçon. Une partie des automobilistes ignorent donc cette brimade inutile et continuent à rouler normalement; quant à ceux qui estiment qu’on paie déjà beaucoup trop d’impôts dans le Canton et qu’il ne faut pas donner ne serait-ce qu’un centime de plus à l’Etat, ils s’en tiennent prudemment à la tolérance (encore) accordée de 3 km/h.
Cette situation absurde éveille, évidemment, l’excitation des complotistes. Certains estiment qu’abaisser ainsi la vitesse plusieurs mois avant le début des travaux constitue une expérience de contrôle social, de drill psychologique, où l’on oblige, une fois de plus, les individus à respecter des limitations qui n’ont aucune justification. Contentez-vous d’obéir sans réfléchir, à plus forte raison si vous avez l’impression que cela n’a pas de sens!
Les complotistes sont aussi persuadés qu’on ne reverra jamais la vitesse de 120 sur ce tronçon. Après les précédents travaux de rénovation, il y a une quinzaine d’années, les écologistes avaient déjà manifesté leur rage face au retour de la vitesse normale; à l’époque, on pouvait encore leur tenir tête, ce qui semble beaucoup plus difficle aujourd’hui. Et puis, la plupart des contournements des grandes villes suisses sont limités à 100, voire à 80. Indépendamment de tout motif technique, on voudra faire rentrer les Vaudois dans le rang, car il n’y a pas de raison qu’ils bénéficient d’une plus grande liberté que les autres.
On voit ainsi que le complotisme se cache jusque dans les détails les plus insignifiants. Ce qui est dommage, c’est que les autorités ne font rien pour le contredire; on a même parfois l’impression qu’elles font tout pour l’alimenter. Dans trois ans, elles auront une occasion inespérée de prouver que les complotistes ont tort.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- L'affaire Jacques Baud (1/2) – Editorial, Félicien Monnier
- Les Cahiers de la Renaissance vaudoise ont cent ans – Yves Gerhard
- Le discours de Carl Spitteler – Lars Klawonn
- Deux siècles de citoyen-officier – Quentin Monnerat
- Un et trois – Olivier Delacrétaz
- Puissance et pragmatisme: la National Security Strategy américaine – Lionel Hort
- Accord sur la sécurité des aliments – Olivier Klunge
